Quoi penser de l’énigme Alex Georgiev ?

Gardien de soutien de luxe depuis son éclosion auprès d’Henrik Lundqvist, le gardien russo-bulgare Alex Georgiev est passé par tous les états depuis. Tour à tour gardien de soutien, de transition, monnaie d’échange, numéro 1 bis, puis boulet de l’équipe, « Georgie » fait actuellement comme d’habitude, c’est-à-dire qu’il prend de nouveau tout le monde à contrepied.

L’image est aussi saisissante que surprenante ce mercredi 1er décembre au Madison Square Garden. Les Rangers viennent de battre les Flyers de Philadelphie, dans un match où Igor Shestoyrkin a encore sorti une grosse performance et le Garden scande “Igor Igor” depuis plusieurs minutes.

33/34 en 60 minutes, pour une 4e victoire de suite des Rangers, la 8e sur les 9 dernières rencontres, et la 6e de suite à domicile. Les hommes de Gérard Gallant marchent sur l’eau, et Igor Shestyorkin enchaîne les gros matchs, au détriment du temps de jeu d’Alex Georgiev (seuls 6 matchs à ce moment-là, et aucun sur les 10 derniers jours), qui semble accuser le coup.

Pourtant, lui qui passe pour le coéquipier modèle, le gardien de soutien idéal, apparaît au mieux peu souriant, au pire énervé, de la nouvelle démonstration de son homologue et compatriote.

Le constat est clair, Alex Georgiev est dans le dur. Les fans sont également dubitatifs, voir un brin sarcastiques à son sujet, comme dans le match face aux Sharks, 2 jours plus tard, lorsqu’il attrape au vol un palet sorti des limites de la glace, et que les réseaux sociaux s’en moquent allègrement, nommant ceci “le plus bel arrêt de sa saison“.

Quelques jours plus tôt en conférence de presse, il avait pourtant mis le doigt sur quelque chose de concret, pouvant expliquer ses mauvaises performances. Le manque de temps de jeu. Pas spécialement enclin à se chercher des excuses, il avait malgré tout avoué que “moins de temps de jeu n’est pas amusant. Je dois aller chercher en moi, retrouver mon jeu et me remettre en selle“. Il est vrai que jusque là, ça n’a pas été bien brillant.

D’abord trublion…

Pourtant, il n’a pas bâti son ersatz de réputation sur du vent. Il y a bien un début de carrière qui a résonné positivement aux oreilles de la direction, et surtout au staff précédent. Lorsqu’Henrik Lundqvist entamait ses ultimes saisons, on savait déjà qu’Igor Shestyorkin serait le favori pour reprendre le flambeau. Ce que l’on ne savait pas, c’était quand, et comment.

La logique aurait voulu qu’Hanke et Shesty fassent une passation dans les règles, sur, idéalement, les deux dernières années de contrat du King suédois. Mais c’est bien Alex Georgiev qui a mis du désordre là dedans, en étant meilleur que prévu, et faisant douter l’encadrement du bien fondé de s’en séparer. En ayant 2 gardiens de haut niveau, les NYR pouvaient voir le futur brillamment.

Source: http://www.evolving-hockey.com

Prenons les stats Evolving Hockey depuis 3 saisons. On peut y voir qu’au delà du fait qu’Igor Shestyorkin est largement au-dessus de la mêlée, la première année voit Alex Georgiev avec des stats au moins équivalentes, si ce n’est légèrement supérieures à celles d’Henrik Lundqvist. Ses taux d’arrêts à plus de 90% étaient les meilleures que les Rangers avaient en stock à ce moment-là, considérant en plus la qualité médiocre de la défense new yorkaise à cette période.

Il est par ailleurs plutôt régulier, puisque les saisons suivantes l’ont vu évoluer au même niveau globalement. Il a d’ailleurs bien remonté son taux 2021-2022 qui avoisinait les 87% il y a quelques semaines.

Source: http://www.nhl.com

…puis brouillon

Bien remonté car son entame est problématique. S’il est auteur d’une très bonne prestation à Ottawa avec un match plein, et 92.9% d’arrêts, les autres matchs sont bien moins brillants, et ce match face aux NJ Devils reste le point culminant de la période, avec … 88.9% de parades.

Le gardien de 25 ans est clairement dans une période compliquée, et c’est peut être cette blessure d’Igor Shestyorkin contre les San José Sharks, à un petit peu moins de 15 minutes de la sirène, qui va changer la physionomie de la saison d’Alex Georgiev. En 14.52 minutes, le portier de soutien va non seulement continuer de préserver la cage des siens, mais enregistrer un blanchissage inespéré, dans une victoire 1-0 au Garden.

Source: http://www.nhl.com

9 arrêts, dans un money time difficile pour les Blueshirts, et le sentiment que le “Georgiev du début” était de retour. A partir de là, à un match à Colorado près, il ne va enregistrer que des parties aux statistiques dignes d’Igor. Entre 92.3% et 97.3%, il redore son blason, et retrouve la confiance.

Si les années précédentes, il parvenait à disposer de bonnes stats avancées comparées aux moyennes de la ligue, comme les GSAA ou GSAx (Buts sauvés, ou buts sauvés par rapport aux buts anticipés). En 2019-2O, il était globalement dans la moyenne des buts sauvés, mais en sauvait plus qu’attendu par rapport à ses collègues de la NHL (-0.32 / 1.91). La saison suivante fut plus difficile, mais que dire de cette entame, avec -2.85, et -3.51, largement en dessous des standards de la ligue, mais aussi des siens.

Quid de la suite ?

La question de la masse salariale devient donc importante lorsqu’une équipe tutoie le plafond autorisé, mais semble surpayer un élément qui n’évolue pas à son niveau. Sous contrat pour encore une saison, à 2.425M, Alex Georgiev sera donc agent libre restreint l’an prochain. La question de son avenir se pose donc dès maintenant.

Que faire de lui s’il enchaîne les contre-performances, ou à quel moment le transférer pour profiter de sa valeur maximale ? Telle est la question dorénavant. S’il prouve de nouveau que l’on peut lui faire confiance, et qu’il remplace parfaitement Igor Shestyorkin, ne serait-ce pas le moment pour en tirer la meilleure valeur possible ?

Le débat est toujours le même. Pourquoi s’en séparer s’il remplace parfaitement le titulaire? Et si ce titulaire se blesse longuement, ne serions nous pas ravis d’avoir un remplaçant de la carrure de Georgiev, qu’un autre moins habitué à ce niveau ?

On le voit depuis quelques saisons, les équipes avec des duos de gardiens de niveau “quasi” équivalents ont du succès. Les NY Islanders, Las Vegas, Colorado, Washington, Boston, pour ne citer qu’eux, et d’autres formations ne parviennent pas à transformer l’essai par manque de gardiens remplaçants performants (Toronto en est le meilleur exemple).

https://www.eliteprospects.com/

D’ailleurs, la récente signature du jeune Dylan Garand en contrat d’entrée n’est peut être pas si anodin. Les Rangers ont quelques gardiens dans le réservoir, dont Tyler Wall qui découvre l’AHL et qui semble plafonner un peu, Olof Lindbom, qui performe en Suède, mais semble encore juste, et donc Dylan Garand qui va évoluer avec le Team Canada aux mondiaux Junior qui débute en ce 26 décembre.

Les Rangers cherchent toujours à se renforcer dans l’axe du jeu, ou trouver un défenseur de complément, mettre Alex Georgiev dans un package dès la limite de la période des transferts ne seraient donc pas si stupide. Si Adam Huska a connu une première difficile, les espoirs peuvent dépanner, et même Keith Kinkaid a montré des aptitudes à remplacer Igor Shestyorkin au pied levé.

L’économie des 2.5M dans le plafond salarial sera également important dans les saisons à venir, surtout que le gardien russe arrive en fin de contrat, et que les négociations vont aller bon train cet été, pour un Chris Drury qui aura d’autres sujets plus chauds à gérer comme Ryan Strome, ou kaapo Kakko par exemple.

Alex Georgiev a montré de certaines aptitudes lorsqu’il peut enchaîner, il faut donc capitaliser là dessus. C’est évidemment un débat légitime, et qui amener des idées contraires, mais à l’heure d’économiser des salaires dans cette période incertaine, un contrat tout aussi incertain à ajouter au schmilblick n’est sans doute pas la priorité du moment.


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