Tony De Angelo: Bientôt la fin de la saga

Les frasques entourant Tony De Angelo ont sans doute pris un ultime tournant, en tous les cas sous l’uniforme des New York Rangers. A la suite d’une nouvelle incartade dans les vestiaires après la défaite en prolongations face aux Penguins de Pittsburgh, les Rangers l’ont placé au ballotage. Un écart de plus pour un joueur au passé sulfureux.

Un dimanche comme un autre après une nuit agitée et en fin de journée, comme sortie de nulle part, l’information est tombée. “Tony De Angelo au ballotage #NYR”. Quoi ?? Pourtant, le week-end ne partait pas pour être spécialement bordélique. Un samedi soir à attendre le match des Rangers, rencontre dominée pendant deux tiers sur trois, et une défaite en prolongations à la suite d’un but de Sidney Crosby, toujours dans les bons coups…but qui aurait d’ailleurs pu être évité.

Un puck mis au fond par les Pens, Tony De Angelo va s’en emparer mais Alex Georgiev sort en même temps, et tergiverse. Mésentente, et Pittsburgh repart avec la rondelle, qui termine chez le Sid, puis entre les jambes de Georgiev, dans son but. Une nouvelle défaite amère, dans un match longtemps dominé, et un point sur deux. Une performance mitigée malgré tout et une fin de match à suspense, conclue par la star incontestable d’une équipe toute aussi efficace que clinique en ce samedi soir.

Rumeurs, légendes et vérités

La frustration donc. Elle est réelle, les Rangers ne parviennent pas à enchaîner en ce début de saison. Après une défaite à Buffalo la semaine précédente, au terme d’un match raté et générateur, déjà, d’ondes négatives, les Blueshirts ont rectifié le tir en l’emportant en prolongations face aux même Sabres deux jours plus tard, avec de surcroît le premier but d’Alexis Lafrenière en NHL.

Mais là, à domicile contre le rival de Pennsylvanie, impossible de capitaliser et revoilà une défaite contre ces mêmes Penguins contre qui les Rangers ont aussi perdu le week-end précédent 3-2 après avoir là encore quelque peu dominé les débats. Alex Georgiev, qui alterne dans les cages avec son homologue Igor Shestyorkin, n’a pas franchement rayonné dans ce match, et son cafouillage conjugué à son arrêt non effectué face à Crosby, le frustrent particulièrement dans le couloir qui mène aux vestiaires. Pour un gardien, le monde peut s’écrouler dans ce genre de matchs, où l’impression de ne pas être décisif peut vite rentrer dans les têtes. La dernière chose que l’on veut entendre est des chambrages, qui plus est de la part de ses propres coéquipiers.

C’est là que nous allons être extrêmement précautionneux. Si cette affaire a fait autant de bruit, c’est bien parce que beaucoup de choses ont été dites, et écrites sur le défenseur des Rangers, et sur l’évènement en question, ainsi que d’autres (pseudo) agissements du joueur américain. Le soucis est que certaines choses sont invérifiées, et fortement démenties par d’autres médias (plus officiels), et différents acteurs de la franchise.

Les faits donc pour commencer. Partons des rapports vérifiés, et confirmés par différentes sources, et strates officielles, des New York Rangers ou presque. Pour Elliotte Friedman, journaliste de Sportsnet, dans son podcast hebdomadaire 31 Thoughts, les chambrages du trublion américain atteignent le gardien russe dans les vestiaires où une remarque de trop fait dégoupiller Alex Georgiev qui s’est levé et a tenté de le frapper. Rick Carpiniello de The Athletic confirme cette version, avec le doute de l’endroit où les mots de TDA ont débuté (Peut être le couloir).

A partir de là les versions divergent. Chris Kreider, Jacob Trouba, ou K’Andre Miller se seraient interposés. La première version indiquait même que Chris Kreider aurait porté secours à Alex Georgiev, physiquement agressé par De Angelo à coups de poings. Il se trouve que c’est finalement le russe qui aurait été le plus entreprenant physiquement, mais bien De Angelo qui est considéré comme l’instigateur de l’échauffourée avec ses remarques “sarcastiques” et son manque de discernement et de psychologie, pour être poli.

Beaucoup de rumeurs ont circulé. Tout d’abord dans un article de Blueshirt Banter, qui ajoute à l’affaire, une autre histoire, “confirmée par 3 sources anonymes” selon laquelle Tony De Angelo serait une plaie dans le vestiaire, et qu’il aurait même récemment confisqué le palet du premier but en NHL de K’Andre Miller à Buffalo. Situation qui aurait spécialement tendu une partie du vestiaire. On sait Tony De Angelo politiquement très à droite, ce qui a tout de suite engagé les gens vers une attitude raciste d’un joueur blanc envers un coéquipier de couleur.

L’article fait grand bruit, et occasionne plusieurs démenties officiels de l’agent de K’Andre Miller, de journalistes régulièrement bien informés, et même 24h plus tard, de Jeff Gorton et John Davidson eux mêmes. N’empêche que… la traditionnelle photo du rookie qui marque son premier but en NHL n’a jamais été ni prise ni diffusée comme est l’usage. La direction des Rangers justifie cela par le fait que l’équipe communication réseaux sociaux de la franchise n’a pas suivi l’équipe à Buffalo dans ce voyage à l’extérieur (Covid oblige), et n’a donc pas pris de photo, surtout que la défaite de ce soir-là avait spécialement ennuyé Miller et consorts, pas d’humeur à jouer les marionnettes souriantes sur Twitter.

Pourtant, sur le même voyage à l’extérieur, deux jours plus tard, Alexis Lafrenière marque aussi son 1e but NHL et a sa petite photo, lui. Différence de traitement, ou coïncidence, on ne sait pas, et ne pouvons que spéculer. La version officielle véhiculée par Gorton et Davidson indique que le palet a été immédiatement donné par De Angelo au staff qui le garde précieusement le temps de le faire encadrer. Miller ne semble pourtant pas trop lui en vouloir car il se trouve que ce serait bien lui qui aurait séparé les deux protagonistes samedi soir.

Donc qui croire ? Si la version du puck confisqué semble soumise à un périlleux débat de véracité, la réponse officielle n’est pas spécialement convaincante non plus. La position à adopter resterait donc sagement celle de la réserve et du “wait and see“.

Un air de récidiviste

Mais si la junte populaire s’est focalisé sur ses frasques, et sur de potentiels méfaits vis-à-vis de ses coéquipiers, surtout celui au teint mât, c’est parce que le joueur n’en est pas à son coup d’essai.

Repêché en 2014 par le Lightning de Tampa Bay, TDA traîne déjà une réputation sulfureuse après des suspensions lors de son passage en OHL au Sting de Starnia. 8 matchs en tribunes pour avoir dérogé au code de conduite et aux règles anti-harcèlement, et abus divers ainsi qu’aux bonnes pratiques envers la diversité. Des paroles donc déplacées envers un coéquipier, d’ordre raciste, sexiste ou homophobe, que la ligue souhaite simplement sévèrement sanctionner pour les voir disparaître des patinoires. TDA est d’ailleurs un habitué des mauvais points, car régulièrement aux prises verbalement avec les arbitres.

Tampa Bay l’envoie finalement vers les Coyotes de l’Arizona en 2016. En quelques semaines, il écopera d’une suspension de trois mois pour atteinte physique envers le corps arbitral. Il est donc transféré l’année suivante aux New York Rangers dans le cadre du transfert d’Antti Raanta, Derek Stepan et du 7e choix de draft 2017.

Changeant donc 3 fois d’employeur en 3 ans, TDA reste instable, et est de surcroît actif sur les réseaux sociaux, notamment par des points de vue parfois limites, des prises de positions politiques tranchées, un soutien sans faille au Président Trump, allant même jusqu’à provoquer un internaute à vouloir se battre en public l’été dernier.

L’apothéose de ses frasques internet vont rester celles qui l’ont amené à soutenir Trump aux dernières présidentielles, à ne pas condamner les exactions du Capitole par les milices et autres survivalistes chers à l’ancien chef d’état américain. Enfin, lorsqu’Oncle Donald s’est retrouvé banni des réseaux sociaux pour avoir outrepassé les règles, Tony De Angelo s’en est offusqué et a décidé officiellement de boycotter à son tour ces réseaux pour n’être disponible que via Parler, un autre réseau à la connotation très à droite politiquement.

Photo par Bluecollarblueshirts

Et comme il n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié, il en a remis une petite couche en début de saison lors du premier match face aux Islanders, où en plus de prendre une pénalité stupide, il allume encore les arbitres, et claque ostensiblement la porte du banc des pénalités, provoquant une suspension d’un match, puis d’un 2e par choix de David Quinn car la défense avait bien fonctionné sans lui lors du second match largement remporté par les Rangers.

Tout cela ajouté, les autorités compétentes aux NY Rangers l’avaient prévenu. “Assez est assez“, la prochaine incartade mènera directement au ballotage. Le joueur n’avait donc plus tellement le choix et a pourtant franchi une nouvelle fois la ligne.

Un pari sur et en dehors de la glace mais un coéquipier apprécié

Si la patience a commencé à faire défaut à Broadway, c’est bien parce que l’organisation a eu l’impression d’avoir donné plusieurs chances au joueur. Un tel passif fait en général tourner les talons de la grande majorité des organisations. Les Rangers ont misé sur un potentiel de défenseur complet et offensivement très intéressant. Profil qu’il a d’ailleurs été la saison dernière.

Avant cela il a taté du “Quinn Bin“, qui a fini par faire comprendre au bonhomme ce qu’il devait mettre comme ingrédients dans la recette d’une carrière qui commençait à se lancer de plus en plus franchement. Si l’été précédent, son contrat n’a été prolongé que d’un an au salaire minimum, cette année, TDA était parvenu à décrocher un contrat passerelle de 2 ans à 4.8M par an, preuve que la franchise comptait bien sur lui, au moins l’espace de deux saisons, pensant même à le placer sur la gauche de Jacob Trouba en 1e paire.

Tentative avortée après un camp d’entraînement peu concluant sur le sujet. Le staff s’était pourtant basé sur des statistiques intéressantes pour un défenseur évoluant dans une escouade un peu larguée. 68 matchs au compteur, 9 buts et 21 assistances, une baisse radicale de temps passé en prison, sur des pénalités par ailleurs uniquement mineures. Un investissement offensif notable et un vrai rôle de leader sur les jeux en supériorité numérique.

Et si ses play-ins face à Carolina laissent uniquement le souvenir de son déshabillage par Sebastian Aho lors du dernier match, il avait somme toute glané de la considération à New York. La rumeur dit que suite à cet été de hockey covidé décalé, Jeff Gorton aurait dit être à l’écoute des offres à propos de TDA, sans réelle avancée pour autant.

Enfin, et c’est là que le doute est permis quand à toutes les histoires qui sortent à son sujet, le bonhomme et le coéquipier avaient l’air appréciés dans le vestiaire. Une fois un peu de recul pris par rapport aux rumeurs, la lecture des réactions des joueurs, eux mêmes, est claire. Tony est un coéquipier, fait partie du vestiaire et va manquer à des gars qu’il fait parfois bien rire, et même plus pour certains qui peuvent être amis avec lui dans la vie, on pense notamment à Ryan Strome.

K’Andre Miller aurait visiblement échangé avec TDA depuis ce week-end et serait attristé par la situation, tout comme le coach David Quinn qui appréciait certaines facettes du personnage. Et si tous les fans y vont de leur petite analyse, en regardant bien les diverses déclarations, l’ambiance semble donc être plutôt à la morosité.

Cela n’a pas empêché les Rangers de placer le joueur au ballotage, et d’avoir déclaré par la suite, après que personne ne l’ait réclamé, qu’il ne porterait plus le maillot des Rangers, et qu’après avoir été assigné à la taxi squad, il n’aurait aucun contact avec les équipes de jeunes, ni le groupe professionnel. Son agent a indiqué que des échanges semblaient toutefois en discussion avec des équipes.

Est ce que les Rangers auraient laissé passer si De Angelo avait montré de meilleures statistiques sur ces premiers matchs ? Paie-t-il son mauvais début de saison, ou son mauvais début de carrière hors glace ? Sera-t-il récupéré par une équipe en mal de sensations fortes quitte à ce qu’un retour sympathique puisse profiter aux Rangers ? Si le fait de le mettre dans la taxi squad a des impacts financiers, qu’est ce que les Rangers peuvent espérer en guise de rabais ? Il se dit en tous les cas de plus en plus fort, que des équipes seraient intéressées par des échanges, et la retenue sur salaire que les Rangers pourraient appliquer aiderait fortement.


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