Pourquoi il ne faut pas s’exciter après le premier match

Hier soir l’excitation était à son comble, la saison NHL reprend, et nos Rangers ouvraient le bal à domicile face au rival de la ville, les NY Islanders. Les jeunes sur la glace, et notamment Alexis Lafrenière, allaient leur montrer de quel bois ils étaient faits, et la reconstruction prenait fin. Malheureusement, le scénario du match n’a pas donné ce que l’on attendait tous, et les Blueshirts ont subit une défaite cuisante 4-0 sur leur glace. Si le résultat est éloquent, il n’y a pas de quoi s’alarmer outre mesure, et nous allons essayer de vous expliquer pourquoi.

And now, please welcome your 2021 New York Rangers !!!“. En principe, cette présentation de début de saison au Madison Square Garden donne des frissons, la foule est électrique au MSG, et l’excitation est réellement intense. L’an passé, les Jets de Winnipeg en avaient pris 6 lors de l’ouverture, au terme d’un match ultra offensif. Cette année, pandémie oblige, la présentation se fait devant des tribunes aussi vides que silencieuses, aidée par une bande son aussi naturelle et réaliste que les sous-titres lors d’un discours d’Emmanuel Macron.

Pourtant, on avait certainement tous très hâte, que ce soit ici, ou aux USA, et on imagine que les joueurs également. Sauf qu’en plus d’être excités, ils ont paru également très nerveux. Nervosité générale, traduite par des fautes techniques de peewees, et une indiscipline digne des grandes heures de Tie Domi, Matthew Barnaby ou Sean Avery, sans la boite à gifles.

Et la raison pour laquelle les jeunes ont généralement besoin d’être encadrés par des vétérans, c’est que les plus expérimentés savent gérer cette nervosité. Sauf cette fois… En effet, l’entame est moyenne, et le premier à se distinguer est Jack Johnson, sur un accroché stupide, l’envoyant sur le banc des pénalités, et mettant les siens en infériorité numérique. Ni une ni deux, Brock Nelson en profite et ouvre le score.

A peine le temps de respirer que les Isles doublent la mise par Anders Lee sur un palet perdu, et une erreur de “marquage” manifeste, même si le positionnement de Lee était hasardeux, car en train de sortir…en revanche excellente gestion du 2 vs 1, et un Igor Shestyorkin peu en vue sur ce tir puissant mais plutôt rectiligne.

Début de match difficile ? Oui, et ce n’est pas fini. Nouvelle perte de puck dans la zone neutre, Cal Clutterbuck récupère le puck et sert Mat Barzal qui navigue tranquillement entre Jack Johnson en villégiature, et Tony De Angelo en mode remake des play-ins dans la bulle face à Sebastian Aho. Igor Shestyorkin choisit de tenter de stopper ce tir en le captant avec le gant, mais Matt Barzal est beaucoup trop fort pour cela, et loge le palet sous la barre. Un but magnifique, et une défense tout simplement apathique. 3-0 Islanders et on peut vous le dire sans tuer le suspense, le match est terminé.

L’indiscipline, ça va ça vient

Pour être plus complet, si les Rangers ont bien marqué un but valable refusé, Anders Lee corsera l’affaire en 2e période sur une nouvelle supériorité numérique, à la suite d’une pénalité infligée à Alexis Lafrenière coupable d’un retenir, alors que la vraie faute de l’action a été commise quelques secondes plus tard par Kieffer Bellows, des NYI. N’empêche, l’équipe est dépassée, et même si elle semble aller mieux depuis quelques minutes, l’efficacité adverse fait presque rêver.

Revenons à ce qui nous amène ici. Les Isles ont multiplié les jeux de puissance, et en ont converti 2/8, 2/5 à ce moment là du match. Clairement trop, mais identifier ce genre de mal dès le début de saison aide à plus ou moins rapidement corriger le tir. Le scénario est difficile pour les Rangers, mais l’efficacité adverse sur ce début de match, ne se répétera pas forcément à tous les matchs.

L’équipe de Barry Trotz est reconnue pour son côté clinique, et solide, mais la 2e moitié du match est scénaristiquement la conséquence de l’entame catastrophique. Moins de pénalités, un but accordé, et un peu d’agressivité positive auraient pu changer la donne. Les Rangers ne concéderont pas 5 pénalités à chaque premiers tiers (ou presque) par match.

Déchet technique

Autre fait marquant. Les Rangers ont tenté de jouer, de combiner, de se faire des passes. Les Islanders sont bien connus pour se recroqueviller rapidement devant leur but, et jouer en transition peut être une solution pour lutter contre cet amas de joueurs devant la cage, et une manière rapide de se créer des occasions.

Le premier tiers des Rangers est clair. A la récupération du palet, l’objectif est d’accélérer le jeu. Mais pour cela, il faut être propre techniquement. Et lorsque Kaapo Kakko, Mika Zibanejad ou Chris Kreider tentent de contrôler le puck, de tirer en première intention, ou de dévier le palet pour un coéquipier, c’est mieux s’ils parviennent à le faire sans perdre la possession.

Sur ce premier tiers, raté. Une des premières phases de réelle possession “durable”, en tentant de jouer vite, résultera même d’une pénalité contre Mika Zibanejad. Le suédois, habituellement très propre dans ce domaine, rate son contrôle à la bleue, puck récupéré par un adversaire, qui oblige le #93 à le retenir pour l’empêcher de partir seul en face-à-face contre Igor Shestyorkin.

Conséquence directe d’un déchet technique flagrant, l’indiscipline est encore à l’honneur. Mais rassurez vous, c’est un classique des débuts de saison, surtout pour un joueur comme Mika Zibanejad, mal préparé pour cause de covid, et encore en rodage. La volonté est là, il manque l’exécution, et lorsque l’on parle de Zibanejad, Panarin, Kreider, entre autres, on peut oser s’imaginer que la routourne va tourner.

Que jeunesse se fasse

Et oui. Les Rangers ont énormément de jeunes joueurs dans l’effectif. Lafrenière, Kakko, Fox, Lindgren, Miller, Shestyorkin, Gauthier, Howden, voir Chytil, la plupart connaissent au mieux leur 2e saison. Pas encore étanches au stress, ils veulent très certainement tous bien faire. Trop bien faire.

Critiqué l’an passé, Kaapo Kakko est en mode “Redemption Tour“. A vouloir trop s’appliquer en stressant de mal faire, nous savons tous que c’est le meilleur moyen..de mal faire. L’accumulation des matchs lui amènera (on espère) le recul nécessaire. Il paraît même que certains appellent ça, l’expérience…

Le pansement est donc maintenant bien arraché, et la déculottée consommée. 4-0, à domicile, contre un rival, ça doit donner envie de prendre le choses différemment et de mettre plus d’intensité, que d’application forcée. Et l’intensité est la clé. Si le cas de Jack Johnson semble désespéré, les autres (pas sûr pour Tony De Angelo par contre) ont encore de quoi être sauvés. Si les Isles ont été aussi efficaces c’est qu’ils ont plus mordu dans cette entame.

Avec plus d’occasions, plus de tirs dangereux, dans l’enclave, mettant en danger le gardien des NYR, comme illustré ci dessous, les visiteurs ont juste plus mordu dans le match, fait moins d’erreurs, et intelligemment profité des boulettes adverses.

Graphique fourni par MoneyPuck
Graphique fourni par MoneyPuck

En allant encore plus loin on pourrait même dire que ça peut difficilement être pire, ou du moins pas être régulièrement aussi mauvais que cela.

L’esprit est là, le talent aussi, et ce n’est qu’en touchant le fond que l’on se rend bien compte. Les jeunes, et les autres, savent maintenant exactement quoi faire pour se faire exploser. Et comme on n’en est encore qu’au début, il y a fort à parier que cela ne peut que s’améliorer.

Shesty ne sera pas transpercé de la sorte à chaque fois, et il se pourrait même que l’arbitrage tourne lui aussi. Les buts refusés seront accordés, les pénalités pleuvront en face, Mat Barzal sera moins efficace (Ouais on y croit moins), et Jack Johnson sera absent. Alors attendons, le plus important n’étant pas que l’équipe gagne tout de suite mais qu’elle, comme ses ouailles, progresse. Si David Quinn a bien analysé le mal de ce match, et force est de constater que ses paroles en conférence de presse attestent qu’il n’a que très peu apprécié la performance des siens, on ne peut que basculer cette horrible en rencontre en expérience positive pour la prise d’expérience de toute cette jeunesse.

Alors hauts les cœurs, on rejoue les Islanders dans deux jours, et même si on perdra peut être de nouveau, chaque match fait emmagasiner du vécu individuel et collectif à tout ce beau monde.


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