Transféré en 2017 en provenance des Coyotes d’Arizona dans le fameux transfert incluant notamment Derek Stepan, et le choix de draft N°7 (aka Lias Andersson), Anthony De Angelo n’a pas toujours convaincu ses dirigeants. Caractère spécial, prises de positions politiques publiques un peu radicales, et une réputation d’ingérable ayant déjà conduit deux franchises à s’en séparer. Arrivé aux Rangers il a tergiversé quelques temps avant de s’imposer particulièrement cette année. Retour sur une personnalité de plus en plus haute en couleurs.
Une réputation compliquée
Réputation de mini bad boy, caractère peu contrôlable, joueur inconstant toujours entre agressivité et pétages de plombs, adepte de sorties peu populaires sur les réseaux sociaux, et supporter annoncé de Donald Trump, Tony De Angelo a sûrement passé plus de temps dans sa jeune carrière à se justifier de ne pas être totalement idiot qu’à susciter des échos positifs.
Drafté en fin de premier tour en 2014 (19e rang) par le Lightning de Tampa Bay, il n’est pas gardé longtemps au prix d’une réputation sulfureuse. Pourtant avec plus de 80 points en une soixantaine de matchs en OHL cette année-là, son arrivée chez de jeunes Coyotes de l’Arizona est prometteuse. Avec une trentaine de points en 65 matchs, il ne déchaîne pas les foules outre mesure, balloté entre AHL et NHL. Tranféré aux NY Rangers en 2017, il navigue entre le Wolfpack d’Hartford et les Blueshirts sans briller (21 points dont 2 buts en 61 matchs), puis fait connaissance avec le “Quinn Bench”, cette faculté qu’à le coach bostonnien à mettre les indisciplinés sur le banc, pour qu’ils comprennent “ce qu’ils ont à faire“.
Et là, changement de scénario, timidement sur la glace l’an passé (30 points en 61 parties) mais dans un état d’esprit plutôt positif, gagnant une prolongation de son contrat d’un an, pour voir.. Cette saison aura été l’explosion. Déjà performant en supériorité numérique, ce qui lui a valu des regards bienveillants l’an dernier, il a réellement joué un rôle prédominant cette saison.
Statistiquement, c’est 53 réalisations, 18 buts en 68 matchs, dont un triplé dans un récent affrontement face aux rivaux les Devils du New Jersey. Une vraie présence en équipes spéciales, l’un des meilleurs défenseurs de son équipe en terme de buts anticipés, et surtout un joueur qui a marqué autant de buts que Roman Josi et John Carlson, deux candidats revendiqués au Trophée Norris de meilleur défenseur de la ligue.
Alors, nous ne sommes pas en train de dire que Tony De Angelo mérite le Norris, non, mais nous pouvons en revanche dire que son apport cette saison a été plus qu’intéressant, et vaut certainement un vrai joli contrat.
Entre plafond salarial et investissement
Avec environ 21M de “cap space” cet été, et des resignatures à prévoir avec Brendan Lemieux, Alex Georgiev ou Ryan Strome, les Rangers ne doivent pas s’emballer sur les contrats. Pourtant, ADA semble faire consensus autour d’un contrat de 3/4 ans à 5M par an.
Si le joueur semble prendre conscience de son réel potentiel, il va devoir bien négocier entre prendre un contrat lucratif pour lui, sans se montrer trop gourmand non plus. En se mettant sur le marché, il pourrait faire monter les enchères, mais, ayant enfin trouvé une organisation qui a trouvé comment le canaliser, il n’a aucun intérêt à se mettre en danger ailleurs.
En revanche, les Rangers pourraient tenter de l’échanger tant que sa valeur est au plus haut. Malgré tout, il possède toujours une capacité à susciter le débat, mais de plus en plus, et presque uniquement, hors glace, et surtout sur les réseaux sociaux.
Adepte de la Présidence Trump, il est déclaré comme ostensiblement de droite, et a la fâcheuse tendance à prendre des positions peu populaires, notamment sur Twitter, l’exposant à un flot régulier d’insultes de fans (des Rangers ou non d’ailleurs). Supporter également déclaré des équipes de Philadelphie, ses encouragements pro Eagles et pro Phillies ne sont pas toujours du goût d’une fan base new yorkaise un peu désabusée en NFL, et très chauvine en MLB.
Enfin, il a également récemment trouvé le moyen de contredire publiquement une partie de la blogosphère statistique des Rangers, en soutenant notamment Ryan Strome, qui faisait l’objet d’un article peu gratifiant sur ses stats avancées, provoquant la colère de Tony De Angelo, ouvrant une bataille sur la toile, qu’il a d’ailleurs poursuivi pendant plusieurs jours, ne manquant pas de demander aux auteurs de ces lignes, de “plutôt regarder les vrais matchs“.
Apostropher ses détracteurs, est donc devenu presque un passe-temps pour un joueur qui sait donc ce que la fan base pense de lui. Loin d’être pourtant l’idiot du village comme il a pu être décrit pendant des années, il interagit, même si ce n’est pas toujours à meilleur escient. Ses performances sur la glace sont donc la meilleure réponse possible, et c’est indiscutablement ce qu’il a fait de mieux en 2019-2020.
Un leader offensif, et personnalité du vestiaire
Véritable dynamiteur du jeu, en partant de derrière, il possède une très bonne technique de patinage, une excellente vision du jeu, et surtout des espaces qui s’offrent à lui, et est donc un véritable Quaterback en Powerplay. Calmé en dehors, il s’exprime maintenant beaucoup mieux sur la glace.
Encore déficient dans l’aspect défensif du jeu, il est encore en post formation, et semble bien adhérer au système David Quinn. Sa capacité d’expression en fait même un bonhomme très apprécié dans le vestiaire, et ses opinions politiques ne semblent même pas être un problème dans ses relations avec ses coéquipiers. Sa prise de défense de Ryan Strome joue même vraiment en sa faveur dans l’équipe, tenant le rôle d’un cadre, du genre de ceux qui défendent publiquement leurs coéquipiers sous le feu des critiques.
Alors Tony De Angelo a très certainement entamé une opération rachat en passant par une saison de haut niveau sur la glace. S’il n’a non plus pas toujours été le coéquipier idéal, il a visiblement aussi compris comment redresser la barre.
Si tout cela mérite (plusieurs) confirmations, il est sur une excellente voie, le genre de chemin qui pourrait le mener vers un joli paquet de dollars cet été. Alors contrat multi années, ou contrat passerelle en attendant que la masse salariale de la franchise soit plus propre (c’est-à-dire sans les 13/14M des contrats de Henrik Lundqvist et Marc Staal), l’été sera de toute façon ouvert aux négociations. En attendant, ADA a gagné un rôle prépondérant dans la future défense de l’équipe, et tout ça sur la glace.
