Arrivé en début de saison dernière en provenance de l’Université de Boston, David Quinn a pour principale mission de relancer une franchise en pleine reconstruction, et surtout axer grandement son mandat sur le développement des jeunes, qui sont en nombre important dans l’effectif actuel. Deux ans donc après sa prise de pouvoir, l’équipe a évolué, mais pas forcément de manière régulière. Nous allons donc là encore s’essayer à un début de bilan sans pour autant tirer de plans sur la comète définitivement.
Les épaules pour le job ?
Lors de son arrivée en début de saison 2018-19, David Quinn et son staff débarquaient auréolés d’une réputation de formateurs, et de développeurs de jeunes joueurs. Issus de la formation bostonienne, encadrant les éléments de la fameuse université de Boston, ex coach en AHL et assistant coach des Avs de Colorado, D.Q est arrivé avec un pedigree d’éducateur.
Ça tombe bien, les Rangers démarrent une reconstruction et ont trouvé un profil qui entrait bien avec le projet à moyen terme, repartir de zéro avec quelques bonnes drafts, casser un core de cadres vieillissants, et baser son futur sur un groupe tout jeune, qu’il faudra terminer de former.
Alors, coach de passage, ou stratège en fin de formation ? C’est bien là que se trouvent les questionnements. Avec un intérêt manifeste pour la post-formation, David Quinn a les clés en main pour amener ce travail au plus haut niveau, en façonnant son équipe, mais surtout…en la faisant gagner.
Alors si ce travail est un boulot de longue haleine, prenant plus que les 18 mois sur lesquels on s’apprête à le juger de manière somme toute binaire, nous avons malgré tout le droit d’estimer si le projet est en route, ou si l’équipe n’a pas forcément progressé de quelque manière que ce soit.
Ou erreur de casting ?
En tous les cas, si le pitch de base était prometteur, il est tombé sur un Manager Général qui lui a plutôt facilité la tâche en transférant la plupart des cadres “bankables” pour récupérer un joli volume de tours de drafts, avec en point d’orgue, le choix N°2 en 2019, avec la logique sélection du finlandais Kaapo Kakko. Si nous reviendrons très certainement sur son cas dans d’autres lignes, force est de constater que le scandinave n’a pas totalement rassuré les quelques sceptiques d’avant saison, ceux pour qui un drafté ne fournit jamais forcément toutes les garanties de succès, même en N°2.
Et si la saison de Kaapo Kakko n’est pas spécialement ni éclaboussante de génie, ni rassurante sur son niveau réel, la gestion de son rôle, et de son impact potentiel, n’est pas non plus idéal de prime abord. Pas assez de minutes de jeu au goût de beaucoup, des associations pas faites pour mettre le talent du joueur en valeur, et une propension à mettre le jeune homme sur le banc quand ses shifts ne sont pas parfaits sur la glace.
Oui la plupart des reproches faits à David Quinn viennent bien de ses habitudes de “bencher” des joueurs lorsqu’ils sont moins bien, qu’ils ne terminent pas leurs actions, ou si le staff considère juste que le garçon n’en fait pas assez. Les exemples de Pavel Buchnevich, Lias Andersson, Kaapo Kakko, sont les plus frappants, tant ces trois là ne bénéficient d’aucun passe-droits. Si le russe a traversé la tempête grandit, et a visiblement compris ce que Quinn lui demandait, ce n’est pas encore le cas d’autres.
Qu’a-t-il apporté ?
Alors on se demande effectivement si D. Quinn a bien apporté quelque chose, et la réponse est oui. Avant son arrivée, les Rangers étaient coachés par Alain Vigneault, qui avait la réputation de ne pas assez communiquer, benchant arbitrairement les jeunes sans leur expliquer pourquoi. En apportant cette partie de management plus proche de ses joueurs, Quinn a fait un pas en avant en terme de développement personnel. Bencher oui, mais en informant l’intéressé du pourquoi du comment. Normal me direz vous, exact, sauf que le hockey n’a pas toujours montré une telle normalité dans le coaching…
Si la discipline, qu’elle soit collective, mais aussi individuelle, manquait plus que cruellement à la fin de l’ère Vigneault, il semble qu’un “esprit” soit bien revenu. Et c’est exactement ce que leur demande Quinn. Ne “pas être une équipe simple et plaisante à jouer”, voir une équipe casse-pieds à affronter.
Ne rien lâcher, finir ses actions offensives, même si cela doit se terminer par une mise en échec avant, jouer pour un collectif, et enfin, tirer au but avec le palet. Le travail de récupération est important mais ses joueurs doivent aussi “tirer au pu…n de but“. Et il est grandement possible que la statistique principale de mesure des progrès des Rangers se situe là. La différence entre les tirs pour et contre.
Sous Vigneault, les Rangers étaient dominés, laissaient les autres tirer au but, et de toute façon, “Henrik Lundqvist se chargeait du reste“. Pour David Quinn, l’équation est sensiblement la même sauf que Lundqvist n’a plus le même âge.

En près de deux saisons, sur le corsi (nombre de tirs au total), les blueshirts sont passés de -10.44 de différentiel, à -7.36 par tranches de 60 minutes (selon Evolving Hockey). Est ce que l’évolution est imputable au coach ou à l’apport de certains joueurs, dont le russe Artemi Panarin, intenable en bleu et blanc? Sans doute un peu des deux.
En appliquant les consignes, à savoir prendre ses chances, les joueurs améliorent les performances et les statistiques révélatrices du niveau de jeu. En leur donnant ce genre de consignes, David Quinn tire donc les bonnes ficelles. Malgré tout, est ce que les joueurs en sont meilleurs individuellement ? Sont ils mieux développés ? Pas certain.
Quinn profite malgré tout des mêmes caractéristiques que Vigneault, à savoir un gardien évoluant à un très haut niveau. Lundqvist ? Non, Igor Shestyorkin. D’ailleurs les matchs où ses gardiens, que ce soit le King suédois, le nouveau prince russe, ou Alex Georgiev, étaient moins bons, le niveau collectif de l’équipe n’a pas pris le relais escompté de manière durable.
Il y a donc une vraie marge dans cette formation, avec des joueurs offensifs qui doivent encore progresser, et une défense qui doit être moins permissive. Même si Quinn a trouvé en Tony De Angelo, enfin, le bon joueur prometteur que son caractère de cochon nous empêchait de voir, si les arrivées de Ryan Lindgren et Adam Fox sont ultra positives, il y a encore trop de travail et la qualité de Lindy Ruff en la matière est sérieusement remise en question.
En conclusion, si des choses ont été faites sur l’état d’esprit qui s’était volatilisé, la régularité collective, et le développement de certaines individualités comme K. Kappo par exemple seront primordiales et seules juges de l’oeuvre globale de David Quinn. Si le technicien a besoin de temps, il lui reste globalement une grosse saison pour montrer de nets progrès et une qualification en playoffs, avant que l’on puisse dire que son passage aura été une plus value claire et nette.
Il a pour le moment le bénéfice du doute évidemment mais l’équilibre n’est pas encore stabilisé.
