Le King et sa succession

En mettant la saison entre parenthèses à cause du Covid_19, la NHL a, entre autres arrêté les Rangers en pleine remontée fantastique avec un accessit en vue pour les playoffs. Au delà de ça, une des caractéristiques de la saison est la situation très particulière au poste de gardiens. Si l’on savait que Henrik Lundqvist tirait sur la fin avec encore une saison de plus dans son contrat, que le russe Igor Shestyorkin arrivait également à NY et garantissait un espoir solide au poste après le départ de Lundqvist, on n’avait encore un doute sur la suite à donner à l’éclosion de l’autre russe Alex Georgiev. Petit état de la situation.

En début de saison, la distribution des cartes était claire. Si Henrik Lundqvist a enchaîné les années en tant que numéro un incontestable au sein de l’organisation, l’approche à grands pas de sa fin de carrière, et l’émergence surprise d’Alex Georgiev, ont amené David Quinn et son staff à instaurer une concurrence entre les deux hommes. Si Igor Shestyorkin est bien arrivé de KHL l’été dernier, il a été envoyé à Hartford pour faire ses armes dans un premier temps, pour s’habituer au style de jeu nord-américain, se faire au rythme, et au changement de repères dus notamment à la taille des patinoires outre Atlantique.

La fulgurante ascension

Auréolé de statistiques de très haut niveau en Russie, Shestyorkin avait donc le temps de s’adapter en AHL, mais le talent n’attend pas toujours, et avec des pourcentages d’arrêts à hauteur de 93.4% en 25 matchs, dont 17 victoires, Igor Shestyorkin n’a pas pris le temps d’attendre, et a bousculé la hiérarchie pré-établie du moins pour la saison. Devant une saison assez exceptionnelle chez le Wolfpacks, David Quinn a décidé de tester le jeune gardien à mi-saison. Un essai au départ, “pour récompenser un espoir de sa très belle saison”, mais là encore, “Shesty” a précipité toutes les théories, en enchaînant de grosses performances, et avec 10 victoires en 12 rencontres, et encore une fois plus de 93% d’arrêts, il a été un des grands artisans de la remontada en cours des Blueshirts et a par la même placé le duo de gardiens habituels dans l’embarras.

Dans l’embarras, car si Henrik Lundqvist a encore un an et demi à tenir, et une clause de non mouvement dans son contrat, Alex Georgiev lui ne faiblit pas, et fait plus partie de l’avenir que son homologue suédois. La stratégie facile à imaginer consistait à ce que Shestyorkin intègre pour de bon la NHL l’an prochain, avec une saison de passation sous Lundqvist (son idole au passage) avant de prendre le poste de N°1 de manière on ne peut plus naturelle. Et si le scénario que tout le monde voyait consistait à faire grimper la valeur marchande de Georgiev pour le transférer en cours de saison, ses performances ont conduit le staff à revoir leur copie.

Et si Georgiev, et Shestyorkin n’étaient pas la future doublette aux Rangers ? Pourquoi finalement se priver d’un bon gardien lorsque la perspective d’avoir un duo fiable dès cette année pointait le bout de son nez ? Mais dans ce cas là, que faire de Lundqvist ?

Quid du King ?

Cette question, il est fort probable que Jeff Gorton et son équipe se l’a sont posée avant la coupure. Henrik Lundqvist, fidèle parmi les fidèles, avait déjà annoncé ne pas vouloir quitter les Rangers lorsque la reconstruction a débuté. Longtemps en quête d’une coupe Stanley, il a du faire une croix sur le sujet en choisissant de rester au Garden malgré une dilapidation importante des dernières forces vives de l’ancienne équipe finaliste. Avec l’arrivé en fanfare de Shestyorkin, et le maintien au niveau de Georgiev, Lundqvist n’a bénéficié que de très peu de minutes de jeu sur les deux derniers mois, le poussant malgré tout à réfléchir, et à indiquer que, “l’été augurerait des discussions”, pouvant déboucher sur des décisions. Il faudrait ne pas “être fermé” si son statut venait à passer du rôle de N°1 à celui de réserviste de la doublure.

Avec 90.5% d’arrêts cette saison, le King a exercé par bribes de matchs de folie (comme contre les Hurricanes avec plus de 40 tirs stoppés) ou de performances beaucoup moins bonnes, poussant le staff à réfléchir malgré eux à modifier le sort prévu à leur vétéran.

Le marché des gardiens n’est pas florissant en NHL, si certaines équipes ont besoin d’un bon gardien, peu d’entre elles sont dans ce cas, tout en étant des candidats au titre à court terme. Seuls peut être les Hurricanes de la Caroline, les Sharks de San José (l’an prochain avec le retour des blessés, et une bonne grosse dose de réussite) voir le Wild du Minnesota seraient potentiellement candidats à récupérer un Henrik Lundqvist revanchard.

Malgré tout, son salaire à 8.5M par saison a tout d’un repoussoir pour une ligue qui n’a pas d’équipe avec une grosse marge de manoeuvre sous le plafond salarial. Les Rangers vont donc devoir arbitrer entre ce qui est bon pour leur futur, comment former au mieux leur nouvelle pépite russe, ne pas se débarrasser trop salement d’un cadre ultra professionnel du vestiaire, et idole d’une fanbase qui a perdu tout récemment plusieurs joueurs très chers à leur coeur, et solution financière à une masse salariale à la limite d’un plafond qui va souffrir à la suite de la crise actuelle.

Ce qui arrangerait les Rangers serait que le suédois stoppe sa carrière un an plus tôt souhaitant même s’asseoir sur sa dernière année de contrat, mais comme Noël est passé, il est impossible d’établir une stratégie sur cette hypothèse.

Le problème est donc épineux, surtout qu’Alex Georgiev arrive lui aussi à un moment où il doit prendre une décision contractuellement parlant. Alors le ménage à trois va-t-il dégénérer ? ou accoucher d’un heureux événement ? Vu la situation mondiale à l’heure actuelle, et la reprise de plus en plus douteuse d’une saison, force est de constater que Jeff Gorton et sa bande vont devoir prendre une ou plusieurs décisions radicales, et rapidement.

Photo par Lapresse.ca

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